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Article du mardi 24 mai 2016 à 11h27

Etapes 577-583. Hawaii (563 kms)

J'ai aimé Seattle bien plus que l'an passé, mais cela n'était pas difficile. Le ciel bleu, les nombreuses pistes cyclables, et le centre ville sont agréables et font un peu oublier le gris du béton et la circulation automobile. J'ai longé le port de marchandises et me suis rendu à l'aéroport où j'ai acheté un billet pour Hawaii, destination exotique et intéressante sur le chemin de mon prochain continent qu'est l'Océanie. J'ai laissé pas mal d'affaire chez Martin qui m'hébergeait près de l'aéroport, certaines volontairement pour alléger mon sac et ne pas avoir à payer pour un deuxième sac, d'autres par oubli comme ce superbe outil multifonctions oublié dans le jardin après avoir démonté le vélo. Il s'en est suivi une grosse galère en arrivant à Hawaii car impossible de remonter le vélo! J'ai pu assembler les pièces mais sans serrer les vis et avec le guidon qui partait dans tous les sens. J'ai du difficilement marcher 8 kilomètres sous la pluie jusqu'à l'auberge de jeunesse de Hilo. La pluie chaude qui m'a accueilli, les grandes feuilles de certaines plantes et quelques jolis chants d'oiseaux m'ont tout de suite rappelé la Floride. Situé au milieu du plus grand des océans et légèrement au sud du tropique du cancer, Hawaii possède un climat tropical. Mon tour de vélo sur l'ile à débuté par une tentative d'ascension du Maunea Kea (4200m) point culminant de l'ile. Au sommet se trouve le principal observatoire astronomique américain. J'ai pu atteindre le "visitor center" à 3000 mètres d'altitude mais comme la météo était mauvaise je ne suis pas allé plus haut. J'ai considéré cette montée comme un tour de chauffe et de reconnaissance dans le but de revenir quelques jours plus tard pour réaliser l'ascension intégrale. La descente de 55 kilomètres sous la pluie de nuit avec vent de face fut très difficile car les lunettes de soleil qui font office de pare-brise sans essuie glace diminuent nettement la luminosité. J'ai fini la descente sans lunettes en utilisant mes paupières à 90% fermées comme pare-brise. Le lendemain j'ai débuté le tour de l'ile principale. Comme pour l'Islande c'est la direction du vent le premier jour qui a défini mon sens de rotation, et ce fut donc d'abord vers le nord. Le tour de l'île en soi même ne fut pas un expérience fantastique, ce fut difficile avec deux montées de plus 1000 mètres de dénivelé, et pas franchement spectaculaire, bien moins que l'Islande ou Tenerife pour une ile volcanique en plein océan. De plus je me suis senti classé dans la catégorie "touriste qui amène de l'argent que l'on doit prendre" et je n'aime pas cela. On a essayé de me revendre une noix de coco à 4 dollars, une petite bouteille d'eau à 3, j'ai aussi payé 21 dollars (19 euros) pour le plus mauvais camping depuis le début de ce voyage, sans eau potable, avec des douches froides sans pommeau dans des "sanitaires" en bois qui n'ont pas été nettoyés ou rénovés depuis des décennies, et le matin c'est une énorme foreuse qui faisait un forage dans la roche à 20 mètres de ma tente. Le camping sauvage étant interdit l'autre option était les auberges de jeunesse à 36 dollars la nuit mais là encore on est très loin de la qualité des auberges européennes. Il y a quand même beaucoup de positif dans tout cela et je ne regrette pas d'être venu. Si je garderai un bon souvenir de mon séjour à Hawaii, c'est uniquement à cause de la nature, les fruits locaux (papayes OGM, litchi, bananes, mangues sauvages ramassées au bord de la route) étaient très bons, le chant de oiseaux, surtout nocturnes, était une merveille et la végétation luxuriante de la forêt du parc national de Volcan restera pour moi l'image forte que je garderai de l'ile, et qui me donne envie de découvrir encore plus ce monde et d'aller de plus en plus vers des destinations lointaines et exotiques. Ma fin de parcours sur l'ile fut écourtée par la météo toujours pluvieuse : j'ai renoncé dans ces conditions à monter une deuxième fois les pentes du Maunea Kea et je suis allé chercher un carton de vélo dans le magasin de vélo de la ville (20 dollars pour un vieux carton alors que je n'avais jamais payé jusqu'à présent pour cela) et j'ai fait route tôt le lendemain matin vers l'aéroport avec encore beaucoup de stress le matin car il pleuvait, j'étais à la bourre, et je ne voulais surtout pas que mon immense carton ne prenne l'eau le long des 8 kilomètres vers l'aéroport. C'est ma couverture de survie qui m'a finalement sauvé la vie et m'a tiré de cette mauvaise situation, elle recouvrait parfaitement le carton et a réussi à le garder au sec pendant le trajet. J'avais fière allure à Hilo avec cet immense carton non plié sur mon porte bagage enrobé d'une couverture de survie! Je suis arrivé juste à temps à l'aéroport où j'ai démonté le vélo dans un temps record et embarqué pour Honolulu puis l'Australie.

Etape 577. Seattle – Burien. 19 km en 1h41 (11,4km/h). Asc 300m.
Etape 578. Hilo – Hilo. 94 km (env. 12 km/h). Asc 2500m.
Etape 579. Hilo - Laupahoehoe Beach Park. 42 kms (env. 14 km/h). Asc. 700m.
Etape 580. Laupahoehoe Beach Park - Kaka'a Beach Park. 126 kms (env. 15 km/h). Asc. 1400m.
Etape 581. Kaka'a BP - Kohanaiki Beach Park. 70 kms (env. 17 km/h). Asc. 500m.
Etape 582. Kohanaiki BP - Holuaoa. 13 kms (env. 14 km/h). Asc. 200m.
Etape 583. Holuaoa - Punaluu Beach Park. 106 kms (env. 15 km/h). Asc. 1000m.
Etape 584. Punaluu Beach Park - Hilo. 93 kms (env. 11 km/h). Asc. 1200m.

(le GPS a pris l'eau dans l'étape du Maunea Kea et est tombé en panne mais après deux semaines de séchage il semble que ça va mieux et que je vais pouvoir le réparer)

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Article du dimanche 8 mai 2016 à 22h31

Etapes 561-576. Jackson - Whitefish (Seattle) (1098 kms)

Après Jackson j'ai grimpé le Col Teton (2500m), une montée de 10 kilomètres à 7% avec des passages à 10%... Rien d'extraordinaire dans cette montée où je suis allé tranquillement comme à mon habitude. Le vélo, c'est facile. Après toute montée il y a une descente et dans les premières pentes de la descente qui a suivi j'ai vu arriver derrière moi une file de voiture de gens qui rentraient du boulot. Je devais déjà bien être à 35 km/h, la route était étroite et j'ai eu peur d'être doublé par ces voitures sur cette petite route de montagne. Alors pour les empêcher de me doubler je me suis mis au milieu de la route, et pour ne pas les ralentir, je me suis mis en position de recherche de vitesse et me suis laissé dévaler dans la descente à près de 10%, jusqu'au virage suivant, pourtant très large, que j'ai passé trop vite à cause d'un temps de freinage plus long que d'habitude. Je suis tant bien que mal parvenu à rester en équilibre sur le vélo et à la sortie du virage j'ai rattrapé puis doublé une voiture qui m'avait doublé plus tôt dans la montée. Comme mes freins faisaient des bruits bizarres je me suis dit qu'il fallait que je me calme et je me suis arrêté au bord de la route pour laissé passer les voitures. Par curiosité j'ai jeté un oeil à la vitesse maximale sur mon compteur/GPS, me doutant bien que j'avais dépassé les 60km/h, peut-être même pour la deuxième fois les 70km/h. Résultat : 86,3 km/h! Mon précédent record de 70,3km/h est explosé et c'est certainement la vitesse maximale de toute ma vie sur un biclou, car je ne vais pas retenter deux fois l'exploit, c'était quand même très dangereux! Les jours suivants j'ai longé la chaine montagneuse du parc de Grand Teton, cette fois-ci du côté ouest. Ce sont des explorateurs français qui ont nommé ainsi cette chaine de montagne. Après un long périple ils étaient en manque de femmes, ils ont vu des formes féminines dans ces sommets et leur ont donné ce nom qui est resté. J'imagine qu'ils ont du trouver des femmes dans le coin car non loin, il y a, toujours écrit en français, une intersection et un camping "gros ventre"! Ces femmes indigènes avaient peut-être le nez percé (mais cela ne gène pas) car j'ai aussi vu un sentier de randonnée "nez percé". Puis je suis arrivé au parc national du Yellowstone par l'entrée ouest, et après une longue hésitation j'ai pris la décision de ne pas m'aventurer dans le parc. Outre le fait que j'avais des hôtes warmshowers qui m'attendaient pour les trois nuits suivantes au nord, qu'il y avait un vent défavorable du nord qui allaient s'aggraver les jours suivants, que j'avais très une longue étape le lendemain pour rejoindre Bozeman, que j'ai déjà vu en Islande les phénomènes volcaniques du parc, que tous les camping et services étaient fermés à l'intérieur du parc et que je ne suis pas certain de l'efficacité du mon "Bear Spray" (répulsif ours) quand il y a du vent, j'ai rencontré la veille au soir, alors que je me promenais dans la ville désertique de West Yellowstone accompagné d'un vacancier qui m'a invité à dormir dans sa résidence alors que je cherchais un endroit pour dormir (tout était fermé en hors-saison), un mec paniqué au centre ville qui affirmait avoir été pourchassé par un grizzly dans le parc 20 minutes auparavant. Ce con (pardon) avait vu le Grizzly depuis sa voiture, était sorti de la voiture pour le prendre en photo et faire un selfie avec, avant d'être pris en chasse et d'avoir juste le temps de remonter dans la voiture et déguerpir. Il faut déjà être sacrément un imbécile pour faire cela mais que ce serait-il produit si ça avait été moi qui avait rencontré seul ce Grizzli? Ces animaux sont dangereux et affamés à cette période de l'année où ils sortent de l'hibernation dans un milieu pauvre en nourriture. J'ai donc pris à la dernière minute (le matin) la décision de ne pas aller dans cet immense parc sauvage et j'ai poursuivi ma route dans le Montana, allant de petite ville en petite ville dans ce grand état peu peuplé. Il s'agit en effet du quatrième plus grand état en superficie mais la population est inférieure à celle de la Franche-Comté (900 000 hab, densité de 2,6 hab. par km/h). Bozeman, Helena, puis Missoula avant de me diriger vers un nouveau parc national, celui de Glacier. Malheureusement, là aussi, j'arrive trop tôt dans la saison et n'ai pu faire que partiellement la très populaire et touristique route "Going to the Sun", la partie la plus haute et spectaculaire étant fermée à cause d'opérations de déneigement et d'un risque très élevé d'avalanches. Les couleurs et paysages sont semblables à celles du parc national de Banff un peu plus au nord au Canada et que j'ai traversé l'an passé, et cela reste très chouette. Ensuite pour gagner un peu de temps sur mon séjour limité de trois mois aux usa (déjà deux mois depuis l'arrivée) et pouvoir avoir du temps pour d'autres endroits sympa j'ai pris le train pour Seattle. Lors des 33 derniers jours depuis Hanksville j'ai fait 31 étapes de vélo et seulement 2 jours de pause, j'ai maintenant besoin de quelques jours d'arrêt à Seattle pour me poser un peu et réfléchir à la suite.

Etape 561. Jackson - Victor. 46 kms en 3h25 (13,4 km/h). Asc. 700m.
Etape 562. Victor - Ashton. 78,3 kms en 4h23 (17,9 km/h). Asc. 300m.
Etape 563. Ashton – Island Park. 63 kms en 4h31 (14,0 km/h). Asc. 600m.
Etape 564. Island Park – West Yellowstone. 29 kms en 2h10 (13,4 km/h). Asc. 200m.
Etape 565. West Yellowstone - Bozeman. 132 kms en 9h06 (14,5 km/h). Asc. 300m.
Etape 566. Bozeman - Townsend. 104 kms en 8h43 (12,0 km/h). Asc. 300m.
Etape 567. Townsend - Helena. 58 kms en 5h56 (11,6 km/h). Asc. 900m.
Etape 568. Helena – Route 141. 69 kms en 5h54 (11,6 km/h). Asc. 900m.
Etape 569. Route 141 - Potomac. 96 kms en 6h28 (14,9 km/h). Asc. 600m.
Etape 570. Potomac - Missoula. 49 kms en 3h33 (13,9 km/h). Asc. 100m.
Etape 571. Missoula – St Ignatius. 70 kms en 4h37 (15,1 km/h). Asc. 500m.
Etape 572. St Ignatius – Big Arm. 67 kms en 4h38 (14,5 km/h). Asc. 500m.
Etape 573. Big Arm - Kalispell. 60 kms en 3h54 (15,3 km/h). Asc. 500m.
Etape 574. Kalispell - Apgar. 65 kms en 3h51 (16,8 km/h). Asc. 300m.
Etape 575. Apgar - Apgar. 64 kms en 3h29 (18,3 km/h). Asc. 300m.
Etape 576. Apgar – Whitefish (train Seattle). 47 kms en 2h48 (16,9, km/h). Asc. 200m.


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Article du mardi 26 avril 2016 à 07h31

Etapes 554-560. Salt Lake City – Jackson (473 kms)

Salt Lake City est quasiment l'unique ville et agglomération urbaine de l'état de l'Utah. J'ai été invité à dormir chez Beth et son mari, rencontrés sur la route deux semaines auparavant, et j'ai passé une excellente soirée (invité au resto, sushi, bon vin..). Salt Lake city tire son nom d'un grand lac salé à proximité. Je me suis demandé comment un lac pouvait rester salé au milieu des montagnes. Il y a forcément des rivières qui y entrent et au moins une qui ressort et enlève le sel...Et bien non. Pas ici. L'eau qui tombe dans les montagnes avoisinantes va bien dans le lac mais c'est la seule évaporation qui enlève l'eau. Original...Comme le lac provient d'une ancienne mer qui a rétréci depuis sa formation, sa salinité est deux fois supérieure à celle de l'océan. Salt Lake City est aussi la ville de jeux olympiques de l'hiver de 2002. Les héros français de ces jeux étaient Carole Montillet (descente), Jean Pierre Vidal (slalom), Isabelle Blanc (snowboard) et Marina et Gwendal (patinage artistique). Le biathlète franc-comtois Gille Marguet, dont je porte toujours le manteau léger et très chaud utilisé à Vancouver, avait obtenu une médaille de bronze au relai 4*7,5km. Les stations de skis des JO sont encore ouvertes à cette période de l'année mais avec des forfaits journée à plus de 100 euros, contre seulement 600 euros pour le forfait saison, ce n'est pas pas fait pour les gens de passage et j'ai passé ma route. J'ai fais une pause à un point de ravitaillement stratégique dans l'ouest américain : le magasin Trader'sjoe de Salt Lake City d'où je suis ressorti avec une bonne quinzaine de kilos en plus, dont 4kg de chocolat qui doit tenir un mois (le chocolat est hors de prix dans les autres magasins des états-unis, et c'est ma principale source de magnésium), et un bon morceau de Comté qui a tenu plusieurs jours et a fait du bien. Les employés de ce magasin sont toujours aussi sympa, ils ne savaient pas quoi m'offrir et m'ont offert des bouteilles d'eau minérale. Les jours suivants j'ai reçu une incroyable hospitalité de la part des locaux. Quand on ne m'offre pas le restaurant on m'offre des diners de rois et la meilleure nourriture des maisons. J'ai parfois du mal à comprendre pourquoi les gens sont si gentils avec moi et c'est gênant. Il y a eu souvent des prières avant le repas, j'avais déjà eu droit à cela à d'autres endroits des Etats-Unis mais ici c'est presque tous les soirs, et pas seulement de la religion mormane dont Salt Lake City est le centre mondial. La prière est toujours la même, on remercie le seigneur pour ce repas, pour apporter Florent ce soir et on lui demande de veiller sur moi et sur mon voyage. Ils oublient cependant de prier pour le beau temps et je trouve que les Dieux mettent bien du temps à faire souffler un vent printanier. Les conditions sont toujours hivernales. Je pensais qu'en allant au sud des Etats Unis au mois de mars, puis en remontant tranquillement vers le nord j'allais avoir des températures agréables, mais j'ai n'ai pas tenu compte du paramètre de l'altitude. Depuis Las Vegas je ne suis jamais descendu en dessous de 1000 mètres d'altitude, et rarement en dessous de 1500, alors entre 1500 et 2500 en mars/avril c'est encore l'hiver. De plus comme l'eau bout à une température moindre, les oeufs sont plus longs à cuire et je me suis fait souvent avoir avec des blanc ou jaunes pas cuits comme je l'aurais voulu. Après 40 jours sans la moindre goutte d'eau j'ai les premières gouttes de pluie, puis de longues et denses de chutes de neige au moment de franchir un col près de Logan. Comme on pouvait m'y attendre, un sympathique automobiliste m'a alors proposé de me conduire à destination, j'ai accepté et été rapidement réchauffé dans le sauna chez Dave et Paula un peu plus loin à Bloomington. Ensuite j'ai fait un peu de camping jusqu'à Jackson où j'ai été encore reçu comme un roi chez Connie. C'est très intéressant par ici en raison de la vie sauvage. C'est vraiment la montagne et les grands animaux qui vivent ici sont l'emblème de nombreuses villes. Comme les cerfs, wapiti et élans perdent leur bois à chaque début d'hiver, il y a beaucoup de bois d'animaux en décoration dans les maisons ou dans les ville/villages où l'on en fait des arches. Ensuite m'a route devait m'emmener au par national de Yellowstone en passant par le parc national adjacent de Grand Teton. Mais la route entre deux parcs monte assez haute, l'hiver elle n'est pas déneigée et couverte par des pistes de skis. La station a fermé il y a une dizaine de jours, la route est encore fermée aux voitures et j'ai eu des informations contradictoires quand au fait qu'elle serait déjà déneigée et accessible en vélo. Je n'ai pas tenté de m'y aventurer, et j'ai du contourner le Yellowstone par le Col de Grand Teton (2500m) pour rejoindre l'entrée ouest du parc. De plus tous les campings et hôtels étaient encore fermés à l'intérieur du parc et j'aurais du dormir en pleine nature au milieu des Grizzli, des ours très dangereux et affamé à cette période de l'année où ils sortent tout juste d'hibernation dans un milieu pauvre en nourriture. J'ai donc fait le choix de la prudence. J'ai néanmoins profité d'une journée à Jackson pour faire un aller retour dans le Parc National de Grand Teton, ce fut parfois magique de rouler dans des paysages aussi sauvages, grandioses et enneigés et en bonne compagnie avec de bonnes rencontres avant un retour épique à Jackson sur une petite route forestière interdite aux voitures (car pas déneigée l'hiver mais déjà praticable en vélo) aux milieu des élans, des grizzly etc...J'ai mis la musique à fond et des grand coups de pouêt-pouêt toutes les dix secondes pour éviter de rencontrer tous ces animaux et suis rentré à Jackson heureux d'avoir vécu une autre très belle journée de vélo et de vie.

Etape 554. Salt Lake City - Ogden. 69 kms en 4h53 (14,2 km/h). Asc. 300m.
Etape 555. Ogden - Logan. 78 kms en 5h32 (14,0 km/h). Asc. 700m.
Etape 556. Logan - Bloomington. 37 kms en 3h35 (10,3 km/h). Asc. 600m.
Etape 557. Bloomington - Montpelier. 24 kms en 2h19 (10,3 km/h). Asc. 100m.
Etape 558. Montpelier - Etna. 109 kms en 7h33 (14,4 km/h). Asc. 800m.
Etape 559. Etna - Jackson. 75 kms en 5h17 (14,2 km/h). Asc. 500m.
Etape 560. Jackson - Jackson. 82 kms en 4h46 (17,1 km/h). Asc. 400m.


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Article du samedi 16 avril 2016 à 01h41

Etapes 546-553. Hanksville – Salt Lake City (451 kms)

A Hanksville j'ai fait une pause de trois jours et j'ai sympathisé avec Rob, un guide de montagne et d'activités de plein air venu de l'Indiana avec un groupe d'élèves pour expérimenter les joies de la randonnée en milieu désertique et montagneux. Puis j'ai repris la route en direction de Salt Lake City. La montée de 35 kilomètres de long à 1% avant Hanksville n'était qu'une petite côte à côté de ce qui m'attendait à la sortie de ce village...Une nouvelle côte à 1% de pente, mais cette fois-ci de 120 kilomètres de long pour passer de 1500 à 2550 mètres d'altitude. Il m'a fallu trois jours pour atteindre le sommet. J'ai eu la surprise de rencontrer en plein désert un homme qui vendait du pain de qualité presque française fraichement sorti d'un four à bois, et du fromage de chèvre frais. C'était son jour d'ouverture annuel, le coup de chance! Puis j'ai énormément apprécié les paysages constitués de roches à nue aux couleurs chaudes lentement sculptées par l'érosion. L'absence de pluie et de végétation conserve les sols et les roches. Regarder autour de soi revient à plonger dans le passé de la planète, et regarder au dessus, la nuit, dans un passé encore plus lointain, presque infini, celui de l'univers. Voyage voyage...Le ciel nocturne est ici le plus pur des Etats-Unis et c'est un régal. J'ai remonté la rivière Fremont, en partie avec un cycliste local très expérimenté qui m'a servi de guide touristique pour me parler de la faune locale (chèvres de montagnes, dindes sauvages) et me montrer des arbres abattus par un castor ainsi que des pétroglyphes (gravures sur les larges parois des roches de la vallée) réalisée il y a un millier d'année par le peuple qui vivait là. Remonter ce cours d'eau fut aussi l'occasion d'imaginer la difficulté qu'on eut les premiers colons pour s'adapter à ce milieu hostile. C'est la route des mormons, qui venaient chercher des terres pour s'installer dans l'ouest et pratiquer leur religion. Une minuscule maison au bord de la route (une seule pièce) accueillait une famille d'une dizaine de personnes. Ils n'avaient pas le temps de construire une plus grande maison car il fallait prioritairement construire un système d'irrigation avec l'eau de ce torrent de montagne pour commencer à cultiver. Mais dès les premières inondations ils ont du aller plus loin, jusqu'à Salt Lake city qui est alors devenu le centre mondial pour cette religion. J'ai traversé le parc national de Capitol Reef. Là encore, c'est le travail de l'érosion sur les roches, et les couleurs, qui sont spectaculaires. Surtout quand on quitte les sentiers battus et qu'on s'approche de plus près de ces montagnes. Un peu plus loin, à Loa, j'ai pu me réapprovisionner en produits frais et à la sortie du magasin j'ai discuté avec un sympathique américain. Ce professeur de géologie à Seatle, amateur de vélo, était ici en vacances de printemps pour exercer sa passion de chasseur de fossiles. L'endroit s'y prête bien vu que les sols sont datés de 100 à 200 millions d'années suivant l'altitude. On peut trouver des squelettes de dinosaures mais on n'a pas le droit de les emporter, seules les espèces animales et végétales les plus courantes peuvent êtres emportées. Il m'a payé le resto et offert des dents de requins de 100 millions d'années. Le soir suivant j'ai fait à 2470 mètres d'altitude une quinzième nuit de camping sauvage en trente jours, sous les cris nocturnes des coyotes qui me sont désormais familiers. Puis j'ai franchi le col à 2550 mètres avant de redescendre vers une sorte de longue vallée à 1500 mètres d'altitude avec des terres plates sur une bande de 5 à 10 kilomètres de large. Ce fut un changement de décor radical avec désormais d'avantage de verdure et des larges exploitations agricoles. Puis, à l'approche de Salt Lake City, ce fut une longue agglomération avec des maisons individuelles qui s'étendaient sur des dizaines de kilomètres. Chaque maison possède un petit terrain avec souvent des arbres en fleur. Sur fond de montagnes aux sommets encore enneigés cela a encore donné des paysages magnifiques, le long d'un très long parcours cycliste aménagé en site propre dans cette agglomération qui compte environ deux millions d'habitants et concentre la quasi totalité de la population de l'Utah. J'ai de nouveau pu bénéficier de l'hospitalité des locaux. D'abord en warmshowers à Provo dans une cabane en ville en haut d'un arbre (super), puis à Draper avant d'être hébergé chez un couple rencontré au milieu du désert deux semaines plus tôt sur le Cedar Mesa (plateau des cèdres) et qui m'avaient invité chez eux. Eux aussi d'une gentillesse immense ils m'ont offert un excellent restaurant en plus du lit et de tout ce dont j'avais besoin.

Etape 546. Hanksville – Route 24. 41 kms en 3h54 (10,6 km/h). Asc. 300m.
Etape 547. Route 24 - Route 24. 30 kms en 3h04 (9,9 km/h). Asc. 500m.
Etape 548. Route 24 - Route 24. 51 kms en 4h49 (10,6 km/h). Asc. 900m.
Etape 549. Route 24 - Salina. 71 kms en 4h27 (16,0 km/h). Asc. 300m.
Etape 550. Salina- Nephi. 89 kms en 5h14 (17,0 km/h). Asc. 400m.
Etape 551. Nephi - Provo. 72 kms en 3h53 (18,4 km/h). Asc. 200m.
Etape 552. Provo - Sandy. 57 kms en 3h48 (14,9 km/h). Asc. 300m.
Etape 553. Sandy – Salt Lake City. 40 kms en 3h08 (12,8 km/h). Asc. 200m.


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Article du dimanche 3 avril 2016 à 20h47

Etapes 538-545. Chinle – Hanksville (393 kms)

Après Chinle j'ai continué ma route dans l'immense réserve indienne (ouverte) des indiens navajo, la plus grande des réserves indiennes mais pas le plus peuplée malgré ses 200 000 habitants. Les indiens vivent, d'après le musée, des ressources naturelles, de l'artisanat et du tourisme, mais Colin qui les connait très bien et est l'un des rares blancs a avoir le droit de travailler et habiter à Chinle (il est directeur de l'hôpital) me dit qu'ils vivent avec des aides de l'état, ne travaillent pas, fument et boivent de l'alcool. Ils sont clairement pauvres et les prix dans les rares magasins, éloignés de tout dans cet immense désert, n'arrangent rien (4,5 euros pour 8 portions de la vache qui rit, un "fromage suisse fondant", 7 euros le kilo de tomates industrielles du Mexique). Ils ont perdu une bonne partie de leur culture traditionnelle, ont grossit, mais ont gardé les gênes de leurs ancêtres et la beauté des décors de leur habitat. La bordure nord de la réserve est la bordure nord de l'Arizona et la bordure sud de l'Utah. C'est le parc national de Monument Valley, avec des montagnes rocheuses orange très impressionnantes et qui sont l'image type de l'Amérique du l'Ouest sur les cartes portales. Des décors de rêve dans lesquels j'ai eu la chance pourvoir planter la tente, puis même admirer quelques chutes de neige sur ces formations géologiques remarquables le lendemain matin. Ensuite direction l'Utah, réputé pour être l'un des plus beaux états d'Amérique, si ce n'est le plus beau, et, pour ce que j'ai pu en parcourir jusqu'à présent, il l'est. Après quelques milliers de tours de pédale, j'ai atteint le parc d'état de Goosenecks. Ici la rivière San Juan effectue une splendide double-boucle dans des hautes falaises. Impressionnant. Et moi qui pensais que la boucle du Doubs, à Besançon, était la plus belle du monde...Petite anecdote dans ce parc avec le matin un vieil américain qui m'a abordé en me demandant si je voyageais seul, où j'allais et si j'étais armé. D'habitude je réponds à cette dernière question par l'affirmative mais là, dans la quiétude de cette matinée, j'ai répondu non, puis quelques minutes plus tard il est revenu vers moi juste pour me redemander plus précisément mon chemin...J'ai hésité à signaler cet incident aux rangers mais je n'ai pas voulu envenimer la situation et faire de la provocation. Un peu plus tard sur la route, c'est la musique de "il était une fois dans l'ouest" qui résonnait dans ma tête et je n'étais pas tranquille. Même au XXIème siècle, ça pue encore la mort et les attaques au flingue par ici. Trois jours plus tard je me suis réveillé avec un homme qui braquait un long révolver sur moi. Vêtu d'un chapeau texan il me demandait d'une voix grave de déguerpir car j'avais planté la tente sur sa propriété...Heureusement ce n'était qu'un mauvais rêve, quand au vieil homme du parc de Gooseneck il a probablement juste eu peur pour moi, lui qui avait déjà peur pour lui et qui ne quittait jamais son énorme voiture (surement blindée) et son gros chien. Il ne faut pas oublier que les états-uniens sont dans le fond un peuple de poules mouillées qui se réfugient derrière la religion et les armes à feu pour se rassurer. Leur devise nationale, "In god we trust", est d'ailleurs facilement transposable en "In guns we trust". Par contre ils sont extrêmement sympathiques (plus que les européens) ouverts d'esprit et chaleureux, je trouve. Passé ce parc d'état, j'ai du escalader une véritable falaise avec des pentes à 10% sur une route en gravier pour monter de 350 mètres en altitude en moins de 4 kilomètres. Il a parfois fallu pousser le vélo. Je suis alors arrivé sur le "Cedar Mesa", un plateau à 2000 mètres d'altitude, recouvert de cèdres et parsemé de grottes ou d'habitats millénaires délaissés par les indiens originels, et qui sont accessibles après de longues randonnées. Le plateau est tellement immense et peu exploré que l'on peut en découvrir. J'ai fait un détour vers le parc des ponts naturels, ici la rivière originelle, après avoir initialement formé des boucles, est finalement parvenue à percer la roche, formant des ponts naturels. Chouette. La nuit suivant dans la forêt fut très difficile, j'ai d'abord aperçu des empreintes de plus de 10cm de large près de ma tente...Les ours censés hiberner sont certainement déjà sortir de leur sommeil, doivent avoir très faim, et ce n'est pas le boucan dans les arbres de la forêt et sur ma toile de tente, provoqué par un fort vent qui recouvrait toutes mes affaires et mes poumons d'une poussière ocre, qui allait me permettre de les entendre s'approcher de moi. La fatigue de l'étape aidant, j'ai réussi à m'endormir au milieu de la nuit et lorsque je me suis réveillé le matin, la couverture ocre de la poussière avait laissé la place à une couverture blanche avec un joli manteau neigeux d'une dizaine de centimètres qui recouvrait ma tente, mon vélo resté dehors, et la forêt. J'ai du attendre midi pour qu'il s'arrête de neiger puis j'ai roulé dans de magnifiques paysages de sapins blancs, de montagnes rouges et d'un ciel redevenu bleu. Ensuite c'est le manque d'approvisionnement en nourriture qui a commencé à devenir problématique, puisque que n'ai pas eu accès à des produit frais depuis 7 jours. Les villages sont en effet espacés de plus de 100 kilomètres et ne comptent jamais plus de 300 habitants. J'ai du patienter 5 jours sans prendre de douche, passer deux jours sans fruits et légumes. J'ai aussi du me rationner à 3 poignées par jours mon mélange céréales/noix/fruits secs, pourtant lourd de près de 5 kilos à Las Vegas, tandis que ma réserve de chocolat de 1,5 kg en quittant Las Vegas était épuisée depuis bien longtemps (impossible d'en retrouver depuis, même dans le grand supermarché de Flagstaff). J'ai pu toutefois bénéficier de la très grande gentillesse des personnes rencontrées. Colin m'en a refilé 100g à Chinle et hier des très sympathiques campeurs canadiens m'en ont encore offert 200g, il y a aussi eu à deux reprises des amateurs de cyclotourisme (qui étaient en voiture) qui m'ont offert quelques produits frais et à deux reprises d'autres voyageurs à vélo qui m'ont invité à dormir chez eux quand j'y passerai. La difficulté de ces étapes en plein désert est néanmoins récompensée par la vue de paysages grandioses qui défilent sous mes yeux tous les jours, chaque journée est une magnifique journée, et je continue de vivre un rêve éveillé à chaque jour qui passe. De plus il n'y a quasiment aucun trafic sur l'itinéraire que j'ai choisi (une voiture tout les demi-heures voire toutes les heures) alors c'est extrêmement plaisant. J'ai même remontée une vallée avec un minuscule ruisseau qui a fait mon bonheur (et celui de quelques arbres qui pouvait pousser à 1100 mètres d'altitude alors que normalement ici il ne poussent qu'au dessus de 1600mètres, rendant les paysages encore plus beaux avec des jolis contrastes entre le vert et le rouge) et un magnifique et paisible bivouac. Finalement je suis arrivé dans le petit village de Hanksville où j'ai pu bénéficier du confort du terrain de camping et rédiger cet article avant de continuer toujours plus au nord.

Etape 538. Chinle – Indian Route 59. 64 kms en 5h13 (12,2 km/h). Asc. 400m.
Etape 539. Indian Route 59 – Monument Valley Tribal Park. 39 kms en 3h42 (10,7 km/h). Asc. 300m. (+voiture 30kms)
Etape 540. Monument Valley Tribal Park – Gooseneck State Park. 53 kms en 4h22 (12,1 km/h). Asc. 600m.
Etape 541. Gooseneck State Park – Route 261. 28 kms en 3h29 (7,9 km/h). Asc. 600m.
Etape 542. Route 261 – Naturel Bridges National Monument. 56 kms en 4h10 (13,5 km/h). Asc. 700m.
Etape 543. NBNM – Route 95 . 52 kms en 4h01 (12,9 km/h). Asc. 200m.
Etape 544. Route 95 - Route 95. 50 kms en 3h54 (12,8 km/h). Asc. 500m.
Etape 545. Route 95 - Hanksville. 52 kms en 4h54 (10,7 km/h). Asc. 400m.


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